De Philippe Auguste à Napoléon III, de Georges Pompidou à Nicolas Sarkozy, le développement de l’agglomération parisienne s’est presque constamment effectué sous l’impulsion du chef de l’État. Si parfois, les pouvoirs locaux ont su imprimer leur marque, la centralisation de l’édifice institutionnel français influence largement l’évolution institutionnelle du Grand Paris. Le président de la République l’a d’ailleurs illustré lors du discours qu’il a prononcé devant la Conférence nationale des territoires, au Sénat le 17 juillet dernier.

Après les reculades et l’immobilisme de François Hollande, la décision d’Emmanuel Macron de réunir les acteurs institutionnels du Grand Paris a le mérite de replacer l’État au centre du jeu. Au-delà des clivages traditionnels, il faut saisir cette occasion et saluer l’intérêt que porte à nouveau le pouvoir central pour l’aire métropolitaine. Un intérêt d’autant plus essentiel que la région Capitale constitue la locomotive économique de la France.

Plusieurs sujets devraient être mis au cœur du débat qui s’annonce. Premièrement, la définition des compétences et la réduction des échelons administratifs. Chaque collectivité contribue certes à l’amélioration de la vie quotidienne et au rayonnement de notre territoire, mais nos concitoyens ainsi que les investisseurs exigent aujourd’hui de la clarté sur le nombre d’interlocuteurs et leur rôle. Dans ce but, la légitimité démocratique de la région et des intercommunalités devra également être réinterrogée, afin de consolider le lien avec les habitants.

Deuxièmement, et en lien avec l’impératif de représentativité politique de la métropole, la question de la fiscalité et des recettes attribuées aux territoires est incontournable. La baisse des dotations, la suppression programmée de la taxe d’habitation, la réforme de la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE) compliquent le financement des politiques menées par les différentes collectivités du Grand Paris. Après l’instabilité fiscale du précédent quinquennat, l’État doit définir un cap clair et de long terme sur les missions qu’il souhaite déléguer aux territoires et leur latitude budgétaire.

Troisièmement, l’enjeu du périmètre de l’agglomération du Grand Paris est fondamental. La suppression du département de la Seine en 1968 a entraîné l’émergence et le développement de départements différents, sur le plan social et politique, avec pour conséquence un dialogue institutionnel souvent inexistant et des incompréhensions nombreuses. Pourtant, Paris et sa première couronne partagent les mêmes urgences (crise du logement, inadaptation des transports, lutte contre la pollution et le réchauffement climatique, impératif de l’attractivité économique…). Au moment où la métropole tente de rattraper le temps perdu et de relier tous ses territoires, l’État doit rappeler l’importance d’une agglomération intégrée, en fondant la cohésion territoriale sur une solidarité équitable, moins idéologique et plus intelligente (ex : péréquation fiscale).

La réorganisation du Grand Paris est nécessaire et l’attention que porte le Président à cet enjeu représente une chance pour la métropole d’occuper la place qu’elle mérite au sein du paysage institutionnel, comme dans tous les grands pays développés. À nous de saisir cette chance, avec nos valeurs.

Alexandre Vesperini