À la veille du Salon de l’immobilier d’entreprise (SIMI), Éric Cesari, vice-président de la Métropole du Grand Paris chargé du tertiaire et des quartiers d’affaires, revient pour Objectif Grand Paris sur l’appel à projets Inventons la Métropole. Il partage également son point de vue sur le rôle et la place qui devraient incomber à l’institution métropolitaine.


Source : OBJECTIF NOUVEAU GRAND PARIS

Entretien avec Éric Cesari,

vice-président de la Métropole du Grand Paris

La Métropole du Grand Paris sera présente au SIMI, le salon de l’immobilier d’entreprise. Que va-t-elle y chercher ?

Notre démarche depuis le début consiste à construire une visibilité. Cette visibilité est d’ailleurs recherchée par les investisseurs étrangers qui avaient des difficultés, vu de Tokyo ou de Singapour, à savoir quel opérateur faisait quoi. Nous avons aujourd’hui la capacité à incarner un territoire, et pas n’importe lequel, la Métropole, capitale de la France. De quoi contribuer à son attractivité et à son développement économique.

L’appel à projets Inventons la Métropole a rendu son verdict le 18 octobre dernier. Quel bilan en tirez-vous en matière de renouvellement de l’offre tertiaire ?

Le premier constat est la formidable envie de la part des opérateurs. De nombreux sites sont devenus concurrentiels grâce à l’effet de loupe de l’appel à projets. Cette démarche collective crée une vraie dynamique des acteurs. Un deuxième constat porte sur la grande capacité à inventer, à innover. Le marqueur le plus important d’Inventons la Métropole est d’avoir favorisé l’innovation, notamment autour du développement durable, de la résilience et de la prise en compte des nouveaux usages dans les futurs bureaux. Troisième constat : lorsqu’il y a une volonté, il est possible de libérer des hectares gelés par diverses structures. En région Île-de-France, plus de 7 500 hectares sont bloqués par l’État, des délaissés de la SNCF sont gelés sous prétexte qu’un jour un besoin pourrait apparaître. Grâce à l’appel à projets, ce qui était impossible par manque de vision est arrivé : des sites ont été proposés alors qu’ils étaient composés d’un petit morceau de l’AP-HP, d’un autre de l’État et de privés, comme à Charenton-le-Pont par exemple. Enfin, il me semble que les maires sont satisfaits des résultats. Ils ont conscience que tout seul, chacun aurait eu moins d’éclat : la démarche métropolitaine est en train de prendre corps. C’est un des éléments positifs de l’appel à projets. Désormais les lauréats et les villes ont 18 mois pour discuter. Avec Inventons la Métropole, on a fait parler l’imagination et le succès est au rendez-vous. Désormais, il faut passer en phase opérationnelle. On fait le pari que de nouveaux acteurs viendront travailler dans cet immobilier innovant.

Les nouveaux quartiers sont désormais conçus suivant une programmation mixte ou équilibrée. La fin du tout tertiaire constitue-t-elle un constat d’échec des quartiers d’affaires, au premier rang desquels figure La Défense ?

Non il n’y a pas de constat d’échec ! Le quartier d’affaires de La Défense est dédié à l’entreprise et, grâce à la concentration de sièges sociaux emblématiques, c’est le seul lieu où l’on peut faire des connexions. Chassons l’utopie selon laquelle il faudrait démolir La Défense ! C’est un moteur du pays tout entier que l’on a intérêt à conforter. Néanmoins, le quartier fait face à un problème de foncier disponible et il faut en réserver une part au logement. À La Défense, on donne la primauté à l’immobilier d’entreprise, mais il est important que le quartier soit animé au-delà des heures de bureau. La mixité apporte de la vie.

Quel est le rôle de la Métropole du Grand Paris alors que l’offre tertiaire se développe un peu partout ? Qui occupera ces bureaux ?

D’abord, il faut de l’optimisme. On ne bâtit rien si on ne parie pas sur l’avenir. Le constat est très simple : il y a un besoin de rénovation pour offrir des bureaux modernes et adaptés. À défaut, l’obsolescence nous guette et l’on se retrouve avec un outil très vite hors du marché, tant en termes d’équipements que de surfaces. Il est encore plus nécessaire d’évoluer en matière d’immobilier d’entre­ prise car les immeubles se doivent d’être connectés et à énergie positive. Il en va de l’image des entreprises qui y sont hébergées. Je crois que l’offre du Grand Paris a un avantage concurrentiel sur Londres car les tarifs sont stabilisés et moins chers. Un deuxième paramètre résulte de la formidable création du Grand Paris Express en ce qu’elle modifie le territoire, mettant Aulnay-sous-Bois à 20 minutes de La Défense ! C’est un changement capital qui offre un bassin d’emploi élargi et crée une dynamique.

Les différents concours conduisent à des projets disséminés sur l’ensemble du territoire métropolitain, sans continuité entre eux. N’y a-t-il pas là un risque de pointillisme, de manque de vision d’ensemble ?

Pour l’heure, la Métropole n’est pas un outil de coordination, elle pourra le devenir si les maires le souhaitent. Mon rôle en tant que vice-président en charge du tertiaire est d’observer et de proposer une démarche de réflexion d’une politique métropolitaine, conçue et partagée, par et pour les maires. Pour avoir une vision globale des besoins – et des éventuels surplus – en matière d’immobilier d’entreprise, nous disposons déjà d’outils et d’indicateurs. Symboliques, les rapports, notamment ceux de cabinets comme Deloitte ou EY, sont désormais publiés dans des formats métropolitains. Nous sommes dans un écosystème et il sera impossible de créer un quartier de La Défense dans chaque gare du Grand Paris Express.

Le Grand Paris devrait connaître des évolutions sur le plan institutionnel, qu’il s’agisse de compétences ou de périmètre. Quelle solution a votre préférence ?

Tous les élus locaux le disent, il y a beau­ coup de strates. Nicolas Sarkozy avait proposé de fusionner les Départements et la Région, mais François Hollande a annulé cette réforme qui avait été acceptée. J’y vois une occasion ratée de créer une Métropole en charge de l’essentiel. Mais, aujourd’hui, deux axes se dessinent : le premier avec les grandes politiques d’attractivité au plan mondial et le second avec le développement du territoire pour effacer les inégalités car on ne peut pas être attractif avec des inégalités. Actuellement, la Métropole est une entité hybride qui rencontre des difficultés sur le plan financier. Ce qui me semble important, c’est d’être sur un pied d’égalité avec les autres mégalopoles dans la compétition internationale sur l’investissement et les capitaux de développement. Or la norme internationale, c’est la métropole.

Les incertitudes quant à l’avenir du Grand Paris Express sont-elles de nature à briser la dynamique, en particulier l’élan immobilier en Île-de-France

Le Grand Paris Express est un problème franco-français. Nous voulons tout maîtriser sans accepter d’investissement étranger. À Londres, un nouveau quartier va émerger autour d’une nouvelle ligne de métro avec un investisseur indonésien. Si, demain, nous sommes moins frileux, on trouvera des investisseurs. L’opération du Grand Paris Express est financée entre 25 et 30 milliards d’euros, mais il y aura des dépassements qui ne pourront pas être financés par le budget de l’État. Il faut ouvrir la porte.

Propos recueillis par Cécile Perrin